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VAL DE LOIRE
1-1. Présentation générale
Souvent perçue comme le dernier fleuve sauvage d'Europe, la Loire modèle des paysages différents de la source à l'estuaire. En Loire moyenne, tantôt elle érode les berges, tantôt elle dépose du sable, créant une île qu’ailleurs elle emporte. Lors des crues, les bras secondaires naissent ou se comblent pour former un bras mort. L’ensemble de ces phénomènes est appelé « la dynamique fluviale ». Ainsi, de multiples chenaux se déploient entre des bancs de sables mobiles et de nombreuses îles boisées. Nous sommes au cœur de la Loire des îles.

Sur les dépôts de sables, se développe une végétation différente en fonction de la proximité de l’eau et la fréquence et l’importance des crues. À chaque pas le paysage change : chenal principal, pelouses sèches, forêt alluviale, boires, grèves arides…Cette mosaïque de milieux naturels très contrastés offre des conditions de vie propices à une faune et une flore diversifiées, originales, parfois menacées.

Afin de préserver ce patrimoine exceptionnel, le secteur le plus représentatif et le plus riche a été classé « réserve naturelle » par décret ministériel du 21 Novembre 1995. On peut notamment y observer :
- une vingtaine de milieux naturels différents,
- près de 620 espèces de végétaux, soit environ 10% de la flore française,
- plus de 200 espèces d’oiseaux soit près d’un tiers des espèces visibles en Europe, dont près de cent sont nicheuses,

Ce statut permet d’interdire certaines nuisances et d’encadrer les diverses activités, mais c’est aussi l’occasion de mettre en œuvre des actions d’entretien ou de restauration des milieux naturels, d’études et de suivis scientifiques, et de sensibilisation du public.

fichier : val-de-loire.pdf
1-2. Présentation en allemand
Für weitere Auskünfte...
Les dépliants de présentation de la réserve naturelle du Val de Loire en langues étrangères ont été réédités (édition 2009). Merci beaucoup aux bénévoles qui ont apportés leur corrections !

fichier : depliant-allemand-08bd.pdf
1-3 Présentation en hollandais
Wilt u meer weten...

fichier : depliant-hollandais-08bd.pdf
1-4 Présentation en anglais
For further information...

fichier : depliant-anglais-08bd.pdf
2-1. Le bras principal et les berges érodées
Le bras principal est un couloir migratoire important pour les Saumons atlantiques, les Truites de mer, les aloses et lamproies. Au printemps, Martins pêcheurs, Hirondelles de rivages et Guêpiers d’Europe creusent leurs nids au cœur des berges érodées. Lors des passages migratoires, bécasseaux, chevaliers et vanneaux se nourrissent dans les zones vaseuses.
Sur les bancs de sables et graviers (grèves), les conditions de vie sont extrêmes : si la grève est sous l’eau une grande partie de l’année, l’été la température peut atteindre 50°C et le sol ne retient pas l’eau. Seules se développent des plantes annuelles ou adaptées au courant et au manque d’eau. Le courant déplace les sédiments et arrache les végétaux, ce qui favorise le maintien de cette végétation pionnière très particulière. Au printemps, accompagnées des Petits Gravelots et des Oedicnèmes criards, les Sternes pierregarin et naine s’installent à même le sable pour nicher. Protégés des prédateurs grâce à leur couleur sable, les œufs et les poussins peuvent être écrasés ou dérangés involontairement par les promeneurs durant la période de nidification. C’est pourquoi l’accès à ces sites est interdit durant les périodes de nidification.
2-2. Les pelouses et prairies sèches
Dans le lit majeur, sur les anciens dépôts de sable plus ou moins élevés appelés « terrasses », on peut encore trouver, par endroit, une végétation rase, adaptée à la chaleur et la sécheresse : les pelouses et prairies sèches.
On y rencontre par exemple le corynéphore ou canche blanchâtre, petite graminée protégée en Bourgogne. Ces feuilles fines lui permettent de limiter sa surface de transpiration, et son système racinaire développé de rechercher l’humidité en profondeur. Elle est associée à des mousses et lichens.
Ces milieux pionniers et très intéressants, cèdent rapidement leur place aux landes, si les crues, les animaux (lapins, sangliers) ou l’homme ne les entretiennent pas régulièrement. Divers buissons à baies, comme l’églantier, le prunellier ou l’aubépine gagnent ainsi du terrain (fruticée).
Tous ces milieux ouverts de la plaine alluviale (pelouses, prairies, landes et fruticées), accueillent également plusieurs espèces d’oiseaux, comme la Huppe fasciée, la Pie-grièche écorcheur ou l’Alouette lulu. Lors des migrations, de nombreux passereaux profitent de ses lieux de repos et de nourriture (baies et insectes) comme le Pouillot véloce ou la fauvette à tête noire. Les pelouses sont enfin des milieux privilégiés pour les criquets, grillons, sauterelles, papillons et autres diptères (mouches) et hyménoptères (abeilles).
Sur le terrain, ses milieux s'imbriquent de manière complexe, à l’image d’une mosaïque, ce qui augmente encore leur intérêt et leur valeur patrimoniale.
Sans entretien, ils évoluent vers une forêt classique de bois durs (chênes, frênes) plus commune, au détriment de la diversité floristique et faunistique, et participant à une banalisation du paysage.
Des travaux de restauration de pelouses et prairies sèches des bords de Loire ont déjà eu lieu sur diverses communes de la Réserve Naturelle du Val de Loire (débroussaillage, broyage, fauche, étrépage…).
2-3. Les bras secondaires et bras morts
Anciennes traces du passage de la Loire, les bras morts (boires) et les bras secondaires ne sont pas en contact permanent avec le bras principal, et certains peuvent être à sec une partie de l’année. Lorsque le niveau d’eau le permet, le Brochet vient frayer dans les herbiers de ces milieux d’eau calme. En hiver de nombreux oiseaux d’eau viennent y trouver refuge : canards, sarcelles, Grande Aigrette. La pulicaire commune pousse dans les parties sableuses émergées durant l’été.
Ces annexes hydrauliques jouent un rôle important pour la préservation de la ressource en eau : l’eau retenue est notamment filtrée et épurée par la végétation et les alluvions.
2-4. La forêt alluviale
La forêt humide des bords de Loire a longtemps été victime des impératifs liés à la navigation, à l’urbanisation et à la protection contre les inondations. Encore rare aujourd’hui, elle se développe progressivement du fait de la disparition de certaines pratiques agricoles comme le pâturage. Les conditions de vie propres au contexte ligérien (période de submersion lors des crues et de stress hydrique lors des assecs estivaux, grande mobilité du sol essentiellement sableux, sec et drainant) conditionnent le développement de boisements très particuliers.
Les saules (6 espèces au total) et le peuplier noir sont les premiers à s’implanter et constituent la forêt alluviale à bois tendre. Viennent ensuite les espèces à bois dur comme le chêne, les frênes ou les érables. Ces forêts non exploitées sont remarquables à plus d’un titre : la variété des essences (19 au total) la présence importante de bois mort, de lianes (vigne, houblon…) permettent la présence de nombreuses espèces d’oiseaux et surtout d’insectes rares par ailleurs.
Depuis près de vingt ans, les réserves naturelles fluviales situées sur le Rhône, le Rhin, la Drôme et la Loire suivent l’évolution de ces forêts.
En plus de jouer un rôle important d’épuration des eaux, elles offrent le spectacle d’une nature sauvage, surprenante et généreuse.
La réserve naturelle participe également au programme de conservation des ressources génétiques du peuplier noir : http://peupliernoir.orleans.inra.fr/
3. La Flore
En quelques centaines de mètres se succèdent sur la Réserve Naturelle du Val de Loire des milieux naturels contrastés : pelouses sèches, forêt alluviale, boires, grèves arides, vasières, terrasses sableuses plus ou moins inondées lors des crues…
La diversité des sols et des conditions (humidité, proximité ou profondeur de l'eau, chaleur, exposition, submersion et courant…), détermine des milieux naturels contrastés (pelouses sèches, forêt alluviale, boires…), où faune et flore se répartissent selon leurs adaptations ou leurs exigences.
Plus de 620 espèces de végétaux ont été recensés sur ce site d'une exceptionnelle richesse, soit près de 10% de la flore française. De nombreuses espèces rares, parfois menacées, bénéficient d’un statut de protection régional à européen.
La végétation ligérienne est particulière à plus d'un titre.
En premier lieu les plantes doivent s'adapter à des milieux de vie perpétuellement remodelés par les crues du fleuve et aux conditions parfois extrêmes.
Les astuces développées par les plantes pour vivre sur les sols sableux des grèves, sont particulièrement amusantes à observer de près.
Les bancs de sable, recouverts d’eau une grande partie de l’année, décapés et remaniés à chaque montée d’eau, ne laissent que peu de temps aux plantes pour boucler leur cycle de reproduction. Certaines, comme le souchet, poussent et produisent leurs graines très rapidement. D’autres, grâce à un système racinaire puissant, sont adaptées à la submersion et aux forts courants, comme l’épervière de Loire, espèce endémique à la Loire (c’est à dire qui n’est présente que le long de la Loire). Constitués d’un sol qui ne retient pas l’eau, et dont la température peut atteindre les 50°, ces milieux se transforment en mini « déserts ». Les plantes qui y poussent, dont certaines tropicales, présentent toutes des formes de résistance à la sécheresse : feuilles couvertes de poils permettent de piéger l’eau d’évaporation, racines développées à la recherche de l’eau en profondeur, port étalé à la recherche de l'humidité nocturne (corrigiole des grèves), feuilles charnues stockant l'eau (orpins)…

La répartition et l'origine de la flore ligérienne sont également très intéressantes à étudier.
En effet, lors des crues, les graines, les bulbes, les rameaux de certains arbres qui vont bouturer, voire des plantes entières sont transportés vers l'aval et peuvent s'étendre ainsi progressivement.
Les oiseaux migrateurs, le transport fluvial, intense jusqu'au XIXème siècle, ou le long des routes et des canaux, ont contribué à l'extension de multiples espèces introduites (plantes cultivées ou ornementales…), notamment d'origine américaine.
Si certaines espèces ont trouvé leur place dans les milieux naturels fluviaux, ces introductions ne sont pas sans risques pour les espèces locales qui peuvent parfois être supplantées par la concurrence ou dégénérer par hybridation. Des études sont menées sur ces espèces "à problème", et des moyens de gestion biologique (fauche, arrachage manuel…) sont parfois nécessaires pour sauvegarder la diversité et la spécificité de la végétation des grandes vallées alluviales et de la Loire des îles en particulier.
4-1. A la découverte des oiseaux
En longeant la Loire et en traversant divers milieux naturels, la richesse et la diversité des oiseaux seront à portée de jumelles !
Au printemps, les bancs de sable ou de gravier, nouvellement déposés ou rajeunis durant l'hiver, se découvrent progressivement offrant un lieu de nidification aux Sternes pierregarin et naine, et au Petit Gravelot qui déposeront leurs oeufs à même le sol. Près des buissons de saules, le Chevalier guignette défend son territoire. La Bergeronette grise a choisi un vieux tronc délaissé par la crue pour dissimuler son nid.
Sur le lit principal du fleuve, un rapace plonge les serres en avant vers la surface de l'eau pour en ressortir avec un poisson : c'est le majestueux Balbuzard pêcheur qui vient pêcher ici, tout en nichant probablement dans une forêt à plusieurs kilomètre de là.
Les falaises d'érosion créées par la Loire sont très recherchées par le Martin pêcheur, les Hirondelles de rivages ou le Guêpier d'Europe, qui creusent des terriers horizontaux au fond desquels seront placés leurs nids.
Dans les pelouses et prairies sèches des rives sableuses, on détectera la présence de l'Alouette lulu et du Bruant proyer grâce à leur chant facilement reconnaissable. Et dans les fourrés d'épineux, la Pie-grièche écorcheur aura peut-être abandonné une proie (insectes, petits lézards) accrochée dans les épines.
Les grands peupliers noirs de la forêt de rive abritent par endroit des hérons, groupés en colonie. Le Milan noir, qui se nourrit de poissons morts ou malades, niche également dans la forêt alluviale. Et si, en se rapprochant des berges, le chant du Loriot d'Europe peut trahir sa présence, il est cependant difficile à observer car son plumage jaune lui permet de se confondre dans les branchages traversés de rayon de soleil. Les vieux arbres creux sont plus présents dans cette forêt naturelle qu'ailleurs. Ils sont précieux pour de nombreuses espèces d'oiseaux cavernicoles : Pics noir, vert, épeiche ou cendré, Sitelle torchepot...
Les bras morts, méandres abandonnés par le fleuve, offrent une zone de nidification et de nourriture aux canards colverts et poules d'eau ou au rare Héron bihoreau.

Septembre marque la fin de la période de reproduction et annonce le début des migrations. Les oiseaux nicheurs des grèves sont prêts pour le grand départ. A leur côté, de nombreuses espèces de petits échassiers (bécasseaux et chevaliers) arrivent des toundras du nord de l’Europe et font une halte sur leur chemin vers l’Afrique. Ces zones d’escales où les oiseaux peuvent trouver nourriture et tranquillité sont indispensables à leur survie.
Les prairies et landes sèches des terrasses sableuses de la Loire abritent encore à cette époque de grandes quantités d’insectes et les premières baies sauvages d’automne commencent à mûrir. C’est une aubaine pour les fauvettes, pouillots, pies grièches et gobe-mouches, ainsi qu’une multitude d’autres espèces de petits passereaux qui en profitent pour faire le plein d’énergie.

En période hivernale, les chenaux secondaires et bras mort offrent aux oiseaux d'eaux hivernants des zones refuge idéales plus particulièrement en période de grand froid lorsque les étangs intérieurs sont gelés. Il n'est pas rare alors d'observer plus de 2000 canards et sarcelles. Depuis peu, des petites troupes de Grues cendrées utilisent les îles sableuses comme reposoir nocturne.

La protection des Sternes…un enjeu particulier

Sur l'axe Loire Allier, la Réserve Naturelle du Val de Loire est un des sites continentaux d'importance pour la nidification des Sternes pierregarins et naines.
Chaque année selon les niveaux d'eaux 20 à 45 couples de sternes pierregarin et 15 à 30 couples de Sternes naines nichent sur les îlots sableux de la réserve naturelle.
Ces espèces font leur nid à même le sable, et leurs couvées sont donc à la merci des crues de printemps emportant œufs et poussins, des prédateurs sauvages (renard, corneille…) ou domestiques (chien), du piétinement des œufs et dérangement par les promeneurs. La réussite de leur reproduction est donc très variable d’une année à l’autre.
Nous avons tous une responsabilité forte pour la préservation de ces deux espèces. Sur la Réserve Naturelle du Val de Loire, le suivi de la nidification et l'interdiction temporaire d'accès aux sites de nidification (signalés par des panneaux), permettent chaque année de participer à la sauvegarde de ce patrimoine.
4-2. Les mammifères
Sur les 120 espèces de mammifères visibles en France, 46 ont été recensées et fréquentent la réserve naturelle. Si certaines comme le chevreuil,.le Mulot sylvestre, l'écureuil, le Renard roux, le hérisson, la martre et le Castor d'Europe se rencontrent dans les différents milieux de la réserve naturelle d'autres sont plus discrètes. La Loutre d’Europe, espèce rare, vulnérable et menacée en France et en Europe semble recoloniser progressivement la Loire moyenne. Elle a fait sa réapparition sur le secteur de la réserve naturelle en 2003. Dans la foret alluviale, le Chat forestier peut parfois se rencontrer et les arbres vieillissant à cavités seraient des gîtes idéaux pour certaines espèces de chauves souris.
Les îles boisées du fleuve difficilement accessibles à l'homme constituent des zones refuges pour différentes espèces notamment les grands mammifères comme le cerf d'Europe dont quelques individus y séjournent quasiment toute l'année.

" Sur la piste du Castor "
Le Castor d’Europe était autrefois très abondant et occupait la majeure partie des cours d’eau français. La destruction de son habitat et ses captures pour la fourrure (et parfois sa chair) et la parfumerie ont faillit le faire disparaître.
Seuls subsistaient quelques dizaines d’individus du Rhône au début du siècle. Une protection efficace (espèce protégée) et différentes opérations de réintroduction (1974 à 1976 près de Blois) ont permis lentement le développement de l’espèce et la recolonisation de ses anciens territoires sur la Loire. Son retour est observé dans le secteur vers les années 1990.
En 2006, la population ligérienne française serait de 1000 à 2000 individus.
Le maintien de forêts alluviales, bras morts, îles boisées et chenaux secondaires permet la présence de 3 à 5 familles de Castor d’Europe sur la réserve naturelle.
Mammifère crépusculaire et nocturne, très discret, seuls certains indices trahiront sa présence : empreintes de pattes, accès à la berge, « chantiers » d’abattage d’arbres, ou, avec un peu plus de chance, son terrier. Inquiet, il se manifeste en tapant la surface de l’eau avec sa queue, provoquant un claquement caractéristique...
4-3. Reptiles et amphibiens
Les Reptiles
Contrairement aux préjugés les milieux très secs ne sont pas ceux qui abritent les reptiles en grand nombre et peu d’espèces de reptiles sont liées à l’eau. Comprenant une majorité de milieux aquatiques (chenaux secondaires, boires...) et de zones plus ou moins arides (grèves sableuses, pelouses et prairies sèches) la réserve naturelle n'abrite donc pas les reptiles en grand nombre. Les inventaires et observations font état de 11 espèces fréquentant la réserve naturelle : cinq espèces de couleuvres, quatre espèces de lézards, une de vipère et une de tortue.

Le Lézard des murailles et le Lézard vert semblent bien répartis et assez abondants sur les pelouses des terrasses sableuses au côté de la rare couleuvre Coronelle lisse prédatrice de petits lézards. Plus localisés le Lézard des souches et l'Orvet fragile paraissent moins abondants.
La commune Couleuvre à collier et la plus rare Couleuvre vipérine affectionnent la proximité des milieux aquatiques de la réserve naturelle. La Couleuvre d’Esculape et la Couleuvre verte et jaune ont également été contactées. Très arboricoles, elles apprécient particulièrement les petits fourrés d’arbres de la forêt alluviale et les arbustes des landes sèches. La Vipère aspic est la seule espèce de vipère rencontrée sur le site où elle semble très localisée.
Ces 10 espèces sont protégées en France, et certaines d’entre elles, bénéficient d’un statut de protection européen.
Une espèce exotique invasive, la Tortue de Floride est également présente, principalement dans les boires. Particulièrement vorace et carnassière, elle a un impact sur la faune aquatique.

Les amphibiens :

L'ensemble des milieux naturels humides annexes à la Loire (bras secondaires, bras mort, mares temporaires, anciennes sablières…) sont très propices pour les amphibiens (grenouilles, crapauds et tritons).
Neuf espèces ont été recensées sur la Réserve Naturelle du Val de Loire : Crapaud commun, Crapaud calamite,, Grenouille agile, Grenouille rousse, Grenouilles vertes, Rainette arboricole, Triton palmé, Triton crêté, Triton ponctué. Six de ces espèces sont protégées au niveau national et une au niveau européen. Elles représentent donc réellement un patrimoine à conserver.
Ces espèces à double vie, aquatique pour la période de reproduction et terrestre le reste de l'année, profitent également des secteurs de forêt alluviale et des zones sableuses. Ils passeront notamment l'hiver enfouis sous l'épaisse litière forestière pour certains, ou dans le sable pour d'autres.
La complémentarité de ces divers milieux naturels est donc particulièrement importante à préserver.
La dynamique fluviale est évidemment à l'origine de cette mosaïque de milieux naturels, et les crues permettent encore de les remanier et de les régénérer. Cependant, la baisse du niveau d'eau et l'abandon de certaines pratiques agricoles peuvent avoir des conséquences importantes et réduire l'intérêt du site pour ces espèces.
Le Crapaud calamite est l’espèce la plus caractéristique des milieux naturels ligériens, car s'il utilise souvent les anciennes gravières comme milieu de substitution, son habitat originel correspond en partie aux bras morts des cours d'eau.
4-4. Les insectes
Ils sont méconnus et pourtant ils sont nombreux à vivre dans le Val de Loire. Les milieux naturels créés par le fleuve offrent des habitats variés et souvent très particuliers.
Les ripisylves (forêts humides soumises aux crues) abritent de nombreuses espèces de coléoptères dont probablement la rare Rosalie des Alpes ou la remarquable Hoplie bleue.
Les grèves de sables et de galets, où la température peut atteindre 50 °C, sont peuplées d'orthoptères (criquets, sauterelles) inféodés aux milieux arides.
A proximité de la berge humide et vaseuse de nombreux coléoptères (scarabée…) peu impressionnants mais très particuliers à la Loire peuvent être observés.
Plus en hauteur, les prairies sableuses et sèches à végétation clairsemée sont fréquentées par des papillons comme le Grand mars changeant ou le Cuivré des marais, ainsi que bon nombre de criquets, de sauterelles et autres diptères (mouches) et hyménoptères (abeilles).
Il reste encore beaucoup à découvrir. Avec l'évolution qu'a connue la vallée de la Loire ces cinquante dernières années (abandon du pâturage, boisement des îles et des francs bords), les habitats de certaines espèces d'insectes ont disparus ou se sont fortement réduits. A contrario, le développement de milieux forestiers âgés, sur lesquels l'homme n'intervient pas, paraît très prometteur pour des insectes qui trouvent ici des habitats par ailleurs de plus en plus rares (coléoptères notamment).

"Zoom sur les libellules et les demoiselles"

Ces insectes bien connus pour leurs couleurs somptueuses et leur vol acrobatique affectionnent particulièrement le Val de Loire.
Les boires et les trous d'eau accueillent des espèces propres aux mares et étangs, comme les aeshnes. Alors que là où le courant est plus fort et le lit du fleuve essentiellement composé de sable et de gravier, des espèces particulières, communément appelées les gomphes, sont présentes. Ces espèces difficiles à observer sont rares en Europe et deux d'entre elles, présentes sur la Loire, sont protégées en France : le Gomphe serpentin et le Gomphe à pattes jaunes.

« Zoom sur les coléoptères de la forêt alluviale »

Rutilants, pastels ou ténébreux, les insectes à carapaces, dits coléoptères, ont adopté mille formes et couleurs. Présents dans tous les milieux naturels, certains d'entre eux par exemple, sont spécifiques aux saules, tels que le Lamie tisserand ou l'Aromie musquée, et se rencontrent donc essentiellement dans les boisements naturels humides des bords de Loire.
Dans leur jeunesse, à l'état de larve, ces insectes se développent majoritairement dans les bois morts encore debout ou tombés au sol, sous leurs écorces déhiscentes, dans les souches pourrissantes et dans le terreau qu'il en résulte. Creusant, rongeant, digérant, ils déblaient activement et silencieusement la forêt et contribuent ainsi à son rajeunissement et son équilibre.
Tous ces insectes mangeurs de bois, protégés ou non, font partie de notre patrimoine naturel. Présents en nombre sur la Réserve Naturelle du Val de Loire et caractéristiques des boisements, ils représentent un enjeu de conservation important.
Le maintien des boisements alluviaux et des arbres morts, leur lieu de reproduction et leur source de nourriture est donc une condition essentielle à leur survie. Pour cela, il convient d'une part de retrouver un niveau d'eau du fleuve suffisant, et d'autre part opter pour une absence de gestion sylvicole de la forêt alluviale, qui pourra ainsi exprimer tout son potentiel écologique.

Zoom sur les criquets et sauterelles :

Quelle différence entre sauterelles et criquets ?
Les sauterelles (omnivores ou prédateurs) ont des antennes longues et fines, alors que les criquets (strictement phytophages) ont des antennes plus courtes et fortes. Ils comptent tous deux relativement peu d'espèces ce qui simplifie leur identification, et permet leur utilisation comme indicateur de la biodiversité dans certains milieux naturels.
Les grèves et bancs de sable quasiment sans couvert végétal sont le domaine du criquet bleu et de l'oedipode aigue-marine. Parfaitement dissimulés dans leur environnement grâce à leur coloration, ils ne révèlent leur présence qu'à l'envol, en déployant brusquement leurs ailes bleues, pour se refondre dans le paysage une fois posés. Dans la végétation clairsemée s'ajoutent le criquet italien aux ailes de couleur rose vif, et des sauterelles de teintes brune : la decticelle chagrinée et la decticelle carroyée. L'oedipode émeraudine est également présente, ce qui est particulier à ces milieux fluviaux, car ce joli criquet (vert et noir, tibias roses) est généralement très localisé dans les zones humides.
Dans les pelouses et prairies à végétation plus haute, d'autres espèces apparaissent comme le grillon d'Italie, très discret le jour, mais dont la stridulation est caractéristique de l'ambiance nocturne des chaudes soirées d’été.
Les berges accueillent de petits criquets aux teintes neutres leur assurant un bon camouflage comme le tétrix des vasières et qui consomment surtout des mousses et lichens.
Moins commune, l'épiphigère des vignes s’observe plutôt dans les landes sèches clairsemée, alors que dans les milieux plus humides l’on peut rencontrer deux beaux orthoptères plutôt en régression : le criquet des roseaux et le criquet ensanglanté.
L'originalité de ce peuplement d’insectes sur les bords de Loire n’est pas forcément dans la rareté des espèces mais plutôt dans leur répartition. En effet si elles sont encore bien représentées dans le sud de la France, beaucoup sont en régression marquée plus au nord du fait de la raréfaction progressive de leur milieu d'élection. Les grèves, pelouses et prairies sèches accompagnant la Loire constituent donc un refuge de la plus grande importance.